PORTRAIT | François Houette, pépiniériste expérimentateur

François Houette © Emilie Boillot - Touraine Terre d'Histoire

François Houette, ancien bonzaïste reconverti dans la production de chênes truffiers, met son savoir-faire au service d'une trufficulture professionnelle. Ce Chinonais, curieux de nature, multiplie les observations et expérimentations. Son ambition : faire évoluer les connaissances sur le mystérieux univers de la truffière.

En terre de truffes...

Installé au Grand Ballet à Chinon, il coule des jours heureux dans son manoir de Fromentière enveloppé d'un écrin de truffières, en plein coeur des Puys du Chinonais. Ce site exceptionnel jouit d'un patrimoine naturel extrêmement varié et rare pour la région, ce qui justifie une protection particulière (Zone Natura 2000 et Espace Naturel Sensible). Seules activités concevables dans ces milieux fragiles : le pastoralisme ou la trufficulture.  Il se trouve justement que les sols pauvres et calcaires des puys recèlent un trésor inestimable : des truffes sauvages! François se réjouit d'ailleurs de posséder sur son terrain quelques chênes producteurs de tuber melanosporum, le fameux "diamant du terroir".

Du bonsaï à la truffe

François manie le sécateur avec aisance. Son travail sur la taille des arbres n'échappe d'ailleurs à personne. Il fut l'un des membres fondateurs de la F.F.B. (Fédération Française de Bonsaï) avant de se passionner pour la trufficulture. Et c'est tout naturellement qu'il décida d'appliquer les principes de la taille japonaise pour accompagner le développement des chênes truffiers. Fort d'une trentaine d'années d'expérience, il expose ses travaux et ses théories dans son ouvrage La Taille du chêne truffier paru en 2013. Son parti pris est clairement exprimé : optimiser la production de truffes en choisissant de nanifier le chêne par une taille adaptée. La sélection des chênes s'opère sur des individus qui ont des pré-dispositions naturelles requises. Puis François pratique le recépage, ce qui garantie une ramification souhaitée. Le spécialiste préconise une taille régulière dès la deuxième année. Cela permet de limiter le développement de l’arbre afin de maintenir le milieu ouvert et ensoleillé, facteur essentiel de la production truffière. Ainsi, les arbres de François restent bas pendant longtemps, tels des bonsaï, ce qui facilite les travaux de taille.

Une vision originale 

François porte un regard nouveau sur la trufficulture. Cette activité, apparue dans les environs en 1790, n'a jamais été véritablement conçue comme une profession. Mais François, ainsi qu'une poignée d'autres passionnés, ont pris le parti d'en vivre et de professionnaliser ce secteur. Il y a quelques années, il s'est mis au défit de récolter plus de truffes sur un même espace en augmentant la densité de plantation selon un dessin en spirale tout à fait novateur. Ces truffières d'un genre unique au monde, recèlent 2000 plants à l'hectare contre 300 d'ordinaire. L'idée était de passer de 7 grammes de récolte sur une exploitation traditionnelle à 70 grammes sur celles-ci pour des arbres en pleine maturité! Les truffières à haute densité de François connaissent une gestion différente : on y optimise l'irrigation, le travail du sol et la taille des arbres permet de garder suffisamment de lumière pour une bonne production. D'autre part, François Houette a innové en proposant son inoculum* qui sert à réensemencer de spores de truffes une truffières en place. Il a conçu cela pour renforcer la mychorisation* et favoriser l'apparition de truffes.

Curieux de nature

En véritable amoureux de la nature, François Houette prête une attention particulière au biotope* de ses truffières, collaborant régulièrement avec des associations spécialisées dans la gestion d'espaces naturels comme le CPIE-Val de Loire et le Conservatoire d'espaces naturels - Centre Val de Loire. Ce passionné de biologie végétale à la curiosité sans limite, multiplie les expériences dans ses truffières pour faire évoluer ses connaissances et ses techniques dans le respect de l'équilibre naturel. François veille à sélectionner ses plants dans une logique de terroir. Sous une même espèce de chêne ou de truffe il existe des variantes génétiques attachées à des milieux. Ainsi, il lui semble primordiale de récolter des glands issus des Puys du Chinonais, dans son environnement direct, pour les mychoriser avec une variété endémique de tuber melanosporum. Il promet ainsi à la truffe noire de Chinon un bel avenir. Entouré de son épouse et de ses 4 enfants, eux aussi investis dans l'univers de la trufficulture, il contribue grandement au rayonnement de la trufficulture tourangelle.


*Inoculum : substance contenant les germes vivants

*Mychorisation (du grec myco, « champignon » et rhiza, « racine », 1885 - Albert Bernhard Frank) : association symbiotique entre des champignons et des racines de plantes chlorophylliennes (arbres, arbustes, plantes annuelles) 

*Biotope : milieu biologique présentant des conditions de vie homogènes. 


A gauche, une tuber melansporum, truffe noire dite "du Périgord". A droite, un pique-nique convivial pour une découverte de produits truffés après une visite-conférence des truffières de François Houette. © Touraine Terre d'Histoire

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