HISTOIRES DE PLANTES | des plantes nommées DESIR !

Le règne végétal ne cesse de surprendre et d'émerveiller par sa richesse et sa diversité. Touraine Terre d'Histoire propose régulièrement des sorties nature et des ateliers publics pour faire découvrir l'étendue de notre patrimoine vert. Cette semaine, rendez-vous à la Guinguette de Tours sur Loire, au bord du dernier fleuve sauvage de France, pour un atelier ludique sur les plantes dites "aphrodisiaques". Ces "plantes nommées désir" sont souvent intégrées à notre alimentation sans qu'on les identifie en tant que telles. Quelles sont leurs véritables vertus? Ont-elles réellement une action sur notre libido? Quels sont les mécanismes en jeu? Défrichons les idées reçues et raccordons l'histoire à notre quotidien.

      Loin de nous l'idée de dresser une liste exhaustive des plantes assimilées à l'amour depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Il sera préférable de se concentrer sur quelques espèces présentes chez nous, en Touraine, aussi bien dans nos jardins qu'en pleine nature. C'est alors qu'une prise de conscience se fait : il existe dans nos assiettes de nombreux aliments considérés comme aphrodisiaques ! C'est aussi l'occasion d'explorer les plantes sauvages qui nous entourent... leur comestibilité étant très mal connue, certaines ne sont admises aujourd'hui que comme des ornements. Et pourtant, elles avaient autrefois une place de choix dans l'alimentation et la médecine... 

Depuis bien longtemps, l'Homme attribue à de nombreux végétaux la capacité de l'accompagner dans sa sexualité. Fantasme, mysticisme ou réalité scientifique? Et si tout cela n'était qu'affaire de vocabulaire...

Oui, le vocabulaire! Qu'entend-on par "aphrodisiaque"? Ce terme né au XVIIIe siècle fait référence à la déesse grecque de l'Amour, Aphrodite. Les substance dites aphrodisiaques peuvent être d'origine animale ou végétale. Elles sont sensée stimuler la libido ou bien augmenter les sensations ou encore améliorer les performances physiques. Nombreux sont les mécanismes qui se cachent derrière cet unique mot, trop mal interprété. Pour exemple, la sarriette, une plante conçue comme magique et aphrodisiaque depuis l'Antiquité était interdite dans les jardins de monastères pour ses hautes performances... En réalité, cette plante n'aurait pas perverti les moines. Elle aurait tout simplement chassé la fatigue, augmenté leur tonicité et éventuellement guérir des infections responsables de faiblesses immunitaires. En sommes, ces moines auraient pu la consommer en toute tranquillité d'esprit et tirer bénéfice autrement. Il donc important de définir les actions précises qu'engendrent ces plantes aphrodisiaques. Est-ce pour faciliter le flux sanguin ?(chose favorable pour l'homme) Pour apaiser les douleurs? (ce qui peut aider les femmes) Augmenter les perceptions? (bénéfique pour les deux sexes) Il apparaît donc indispensable d'étudier avec attention les vertus médicinales de chacune des plantes énoncées. Nous avons fait pour vous une petite sélection...

L'ANGELIQUE OFFICINALE

L'Angélique officinale (Angelica archangelica), cousine de l'Angélique sylvestre, est une apiacée (anciennement ombellifère) qui était autrefois largement cultivée dans les jardins potagers pour sa saveur aromatique. Son utilisation en confiserie et tisane était souvent motivée par la gourmandise mais l'Homme apprécie depuis l'Antiquité ses vertus thérapeutiques. Les racines, tiges, feuilles et fruits possèdent en effet des propriétés stimulantes, carminatives, sudorifiques, stomachiques, toniques, expectorantes qui sont d'ailleurs plus concentrées dans le fruit. On évite de la consommer en cas de diabète car elle augmente le taux de sucre dans le sang.

Une tisane de ses fruits aide à lutter contre la fatigue, la nervosité et le stress. 


Pour l'anecdote, on faisait autrefois une liqueur d'Angélique appelée "Vépetro" qui signifie "vesse-pet-rôt" et qui annonce les propriétés carminatives de l'Angelique... Louis XV en raffolait! D'autre part, on attribue à l'Angélique, comme à beaucoup d'autres apiacées, des vertus aphrodisiaques. Cela tient est fait qu'elle donne de la vigueur mais aussi qu'elle stimule le corps féminin grâce à l'acide ferulique !

L'ASPERULE ODORANTE

De la famille des gaillets, les Rubiacées, (Gaillet gratteron, Gaillet blanc, Caille-lait jaune etc.), cette plante sauvage nommée Gallium odoratum pousse dans les sous-bois de hêtres dans l'Est de la France. On l'utilise en cuisine et notamment pour aromatiser des boissons car elle est riche en coumarine, une molécule qui lui confère une saveur de vanille bourbon. C'est au mois de mai qu'on récolte sa fleur pour la faire sécher. On élabore avec le "vin des amoureux" ou "vin de mai" ! Les Allemands ont gardé cette tradition.

Il est souvent dit que l'aspérule a deux visages... Sèche, elle apaise. Fraiche elle tonifie! Et c'est sans doute pour cette propriété qu'on la prétend aphrodisiaque.


LA BERCE

La grande berce appelée Heracleum sphondilium à ne pas confondre avec la Berce du Caucase !) est un légume sauvage cousin du fenouil, du céleri et d'autres apaisées bien connus. Habitante des friche, elle présente une saveur brûlante, aux arômes d'agrume, qui ne laisse pas indifférent. Tout comme le céleri et l'angélique, elle est tonifiante et agit donc sur la libido. On peut infuser ses fruits pour profiter de ses vertus mais aussi la consommer crue ou cuite (tiges et feuilles de printemps ou fruits d'été).

 


LE CELERI

Apium graveolens L., tel est le nom de cette plante que nous avons coutume de cuisiner. Cousin de l'Ache des marais, ce légume est cultivé depuis longue date, comme beaucoup d'apiacées, pour sa saveur très marquée. Le goût étant lié au taux de principes actifs contenus dans la plante, on imagine à quel point le céleri est vertueux! Ses effets sur la santé sexuelle sont ventés depuis la nuit des temps et il a même été proclamé comme la plante aphrodisiaque la plus efficace de notre flore européenne! On lui a d'ailleurs attribué le petit nom de "pénis végétal"... cela tient au fait que le céleri contient des composants phénoliques à saveur chaude qui agissent sur les centres olfactifs. Cela a pour effet d'éveiller le désir.


LA CAPUCINE

Le genre capucine (Tropaeon) réunit environ 85 espèces de plantes herbacées, naines ou grimpantes. Son nom scientifique vient du grec "trophée" par allusion à la forme des feuilles en boucliers et de ses fleurs en casques...

Les capucines sont comestibles et délicieuses. Appelées "fleurs de l'amour" ou "Sanguines du Pérou", elles se caractérisent par une saveur piquante. Riches en vitamines et contenant du souffre, elles stimulent la libido en favorisant l'afflux sanguin. C'est pour cette même raison qu'on les utilise en traitement contre la calvitie : elles aident à favoriser la circulation et permettent de réduire les chutes de cheveux.


LA JOUBARBE DES TOITS

La Joubarbe des toits (Sepervivum tectorum) appelée aussi "Artichaut des toits", "Artichaut des murailles" ou encore "Herbes aux cors" est une plante vivace de la famille des Crassulacées.

Cette plante grasse se multiplie par rejets et ne nécessite que très peu de substrat pour vivre, si bien qu'elle pousse sur les murets, dans le rocailles, ce qui lui vaut cette appellation de "Joubarbe des toits". Cette jolie plante du genre Sempervivum prend la forme d'une rosette rappelant l'artichaut.


Sempervivum tectorum, du latin Semper, "toujours" et vivum, "vivant"... cela sous-entend que la plante est toujours belle même en cas de sécheresse. Le terme Tectorum désigne l'espèce ; cela signifie "des  toits". Quant au mot Joubarbe, il découle de "jovis barba" : la barbe de Jupiter ! Cette plante avait en effet la réputation d'éloigner la foudre sous l'Antiquité. On l'associait donc au dieu Jupiter. Charlemagne aurait eu vent de cette croyance et aurait fait planter des joubarbes sur les toits pour les préserver de la foudre.

Cette plante jouis d'une bonne réputation car elle est comestible et médicinale ! Ses vertus sont malheureusement ignorées par de nombreuses personnes aujourd'hui qui la cultivent uniquement comme ornement. Pourtant elle est rafraichissante, astringente et vermifuge en usage interne. Dioscoride signalait qu'en usage externe, elle pouvait traiter les inflammations des yeux, les brûlures et les piqures. Le suc des feuilles cueillies avant ou en pleine floraison peut être mélangé à la craie pour fabriquer un onguent qui calme les crises d'eczémas aigus. En pilant les feuilles fraiches au mortier avec du vinaigre, on fabrique une pommade coricide (pour traiter les cors) très efficace. Cette plante était très employée au Moyen-Âge pour préparer des remèdes aphrodisiaques. 

 

LA SARRIETTE 

La Sarriette (Satureja hortensis L. ou Saturera montana L.), appelée aussi "Herbe de l'Amour" ou "Herbe à Saint Jean", est une vivace de la famille des Lamiacées.

Cette plante aromatique à usage condimentaire, riche en huiles essentielles, est connue pour ses vertus anti-septiques, anti-oxydantes, stimulantes, tonifiante et digestives.

Ce sont ses propriétés anti-septiques qui lui ont valu une réputation de plante protectrice. Saint Jean, d'après la Bible, portait un bouquet de Sarriette à la ceinture en guise de protection. Elle présente aussi l'avantage de soigner les ballonnements, ce qui lui vaut l'appellation allemande de "herbe aux haricots".

 


 Elle fait partie de la vaste liste de plantes recommandées par le Capitulaire de Villis. Les anciens la considéraient comme magique et aphrodisiaque. Dioscoride a écrit à son propos " la sarriette émeut la luxure"... Son nom est d'ailleurs associé au terme Satyre, personnage mythologique connu pour ses débordements sexuels. En réalité, la Sarriette n'influe pas sur la libido mais augmente la tonicité et permet de lutter contre les fatigues passagères et les faiblesses immunitaires, ce qui peut avoir un effet sur l'activité sexuelle.

La liste est encore longue pour explorer les plantes du jardin d'Aphrodite... Bonne découverte à vous!

Texte : Emilie Boillot, Fondatrice de Touraine Terre d'Histoire

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