Une précieuse chapelle romane à Rochecorbon

Située dans un petit quartier de Rochecorbon, la chapelle Saint-Georges pourrait facilement passer inaperçue si elle ne faisait l'objet des attentions de quelques passionnés. Celle-ci devrait pourtant faire couler de l'encre puisqu'elle constitue un témoignage rare et précieux de l'art roman. D'apparence modeste, elle présente de nombreux intérêts historiques, comme celui d'abriter les plus anciennes charpentes de France attestées à ce jour.

Un édifice roman assis sur des vestiges mérovingiens

Située dans un vallon très encaissé débouchant sur la rive droite de la Loire, en amont de l'abbaye de Marmoutier, la chapelle Saint-Georges s'élève à flanc de coteau et domine un petit quartier de la commune de Rochecorbon. Partiellement troglodytique, comme de nombreuses habitations voisines, elle renferme un oratoire du Vème siècle, directement taillé dans le roc. Cette chapelle, autrefois implantée sur un fief relevant de l'archevêché de Tours, était à l'origine l'église paroissiale de Saint-Georges-sur-Loire. Cette paroisse de Saint-Georges devenue commune à la Révolution française et temporairement renommée Georges-du-petit-rocher pour des questions idéologiques fut finalement rattachée administrativement à Rochecorbon par décret impérial de février 1808. Désaffectée du culte deux ans plus tôt, pour sa proximité avec l'église Sainte-Radegonde, l'ancienne église paroissiale devint "chapelle".

 

Cet édifice de style roman primitif a été érigé au début du XIème siècle puis remanié et agrandi au cours du siècle suivant. L'église actuelle semble avoir supplanté un monument plus ancien car de nombreuses pierres sculptées d'entrelacs de style mérovingien ont été remployées dans la maçonnerie de la nef. Une pierre ornée d'une croix mérovingienne subsiste également au niveau du chevet. De telles origines sont également évoquées pour le cimetière qui jouxtait autrefois Saint-Georges. Celui-ci, transféré en 1888 et remplacé par l'actuelle place plantée de tilleuls, à l'avant de la chapelle, a en effet révélé la présence d'un sarcophage mérovingien. Le matériel funéraire, composé de perles, d'un anneau en cuivre et d'un bracelet, fut remis à la Société Archéologique de Tours. On peut supposer que l'oratoire creusé dans le tuffeau était à l'origine de l'élévation d'un premier lieu de culte mérovingien attaché à quelques sépultures, celui-ci ayant été détruit puis remplacé par un second plus récent.

Les blocs de pierre sculptés de style mérovingien utilisés comme remploi dans la maçonnerie. Ce type d'entrelacs est typique de la sculpture mérovingienne mais étaient souvent repris dans certaines sculptures plus tardives de la dynastie carolingienne... Ceci étant plutôt attesté en Provence, on peut supposer que les blocs de Saint-Georges sont antérieurs.

L'édifice est orienté, comme la plupart des églises de France. Mais il est aujourd'hui impossible d'y pénétrer par la façade Ouest, dont le porche fut condamné par la construction d'une maison mitoyenne nommée la "Malvoisie" à la période révolutionnaire.

 

Notons que le terme de Malvoisie désigne le pinot gris encore cultivé en Touraine pour l'Appellation Touraine Noble-Joué. Ce cépage est assemblé à 30 ou 40% avec d'autres pour apporter au vin du corps et de la puissance. Il peut être récolté tardivement pour donner des vins moelleux, grâce à sa pourriture noble.

 

La maison nommée ainsi a donc été construite à l'emplacement du parvis de l'église, alors que l'ancien presbytère lui-même n'était pas accolé au monument. Dès lors, les  paroissiens entrèrent par le côté sud. Le porche primitif, aujourd'hui obstrué par cette maison, est encore visible à l'intérieur de la chapelle. On voit distinctement les pierres de tailles formant l'appareil d'une voûte en plein cintre, certainement modifiée au XIIème siècle.

 

Saint-Georges possède une nef unique (8,15m. x 5,30m) simplement plafonnée de bois sous charpentes et un choeur de section carrée (3,70m. de côté) surmonté d'une voûte en plein cintre. Un clocher carré surmonté d'une pyramide a été bâti à flanc de coteau, au nord du choeur. Si l'édifice actuel a été fondé au début du XIème siècle, il a subi de nombreux remaniements architecturaux et décoratifs. La nef est d'origine ainsi que les parties basses du choeur tandis que les parties hautes de l'élévation datent, elles, du XIIème siècle, tout comme le clocher. On distingue facilement à l'oeil nu les deux périodes de construction : les parties du XIème siècle présentent un appareil de moellons à l'assise régulière alors que les plus récentes ont été réalisées avec de plus grosses pierres d'appareillage. De l'extérieur, il est encore possible d'admirer, sur le clocher comme sur le chevet, sous les corniches des modillons sculptés datant du XIIème siècle. Certains sont géométriques, d'autres anthropomorphes, marquant ainsi la jonction entre deux époques de l'art roman. 

 

Le côté Nord du choeur est ouvert sur la tour-clocher communiquant avec un passage latéral probablement couvert tardivement. Cette tour appuyée contre le coteau, où l'on sonne encore manuellement la cloche, donne accès à la partie troglodytique divisée en deux espaces par une maçonnerie.

Le clocher carré surmonté d'une croix et d'une girouette en forme de coq.

Façade Sud de la chapelle avec son porche latéral remanié au XVIIIème siècle. On y voit également les différents appareillages de pierres et de moellons, le clocher et les décors sculptés.

Modillons sculptés de formes géométriques datant certainement du XIIème siècle.

Ci-dessus, la partie excavée dont la datation demeure incertaine. Le sol est encore revêtu de tommettes anciennes. 

Des décors intérieurs précieux

Ce sont les décors intérieurs de Saint-Georges et non son architecture qui ont initialement retenu l'attention des historiens. 

L'ancienne église abrite en effet des peintures remarquables dont une scène datant du XIIème siècle et réalisée selon la méthode a fresco (fresque). Celle-ci, présente sur le mur nord de la nef, évoque le Lavement des pieds, épisode célèbre de l'Evangile de Saint Jean relatant le moment où le Christ avait lavé les pieds de ses apôtres comme l'aurait fait un esclave étranger. La fresque a été découverte sous d'autres couches picturales exécutées sur enduit sec, elles plus récentes d'un siècle, dont une partie illustre la CèneLes apôtres venant d'apprendre la présence d'un traitre à leur table, se regardent les uns les autres... La tension dramatique est parfaitement rendue dans le traitement de la gestuelle et des expressions. La scène est malheureusement incomplète.

 

Le mur opposé, côté Sud, est orné d'un Jugement dernier peint au XIIIème siècle. Ce décor se poursuivait sur le mur Est mais fut recouvert de motifs géométriques de style byzantin.

 

D'autres fragments de peintures sont également visibles sur la voûte du choeur ; un Christ en gloire, représenté dans une mandorle (forme d'amande), est accompagné du Tétramorphe. Ces quatre figures évoquant les évangélistes, les grands épisodes de la vie du Christ ainsi que les vertus catholiques sont cités dans l'Apocalypse de Saint Jean (exemple : le lion représente Marc, la Résurrection et le courage). On entrevoit également une peinture du XIVème siècle représentant une scène de bataille, probablement un épisode des Croisades.

Ci-dessus, la fresque du Lavement des pieds, la veille de la Passion (appelé Mandatum au Moyen-Âge). On aperçoit le Christ et Pierre au centre de la scène. "Jésus vint donc à Simon Pierre ; et Pierre lui dit : Toi, Seigneur, tu me laves les pieds! Jésus lui répondit : Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant mais tu le comprendras bientôt. Pierre lui dit : Non, tu ne me laveras pas les pieds! Jésus lui répondit : Si, je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi. Simon Pierre lui dit : Seigneur, non seulement les pieds, mais les mains et la tête. Jésus lui dit : celui qui est lavé n'a besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur ; et vous êtes purs, mais non, pas tous." Cet épisode précède et annonce la Cène que l'on aperçoit ci-dessous.

Autre détail intéressant : le mur Est de la Nef présente une niche où a été placé récemment un fragment de statue polychrome. Il s'agit d'une tête humaine, peut-être celle d'un saint, datée vraisemblablement du XIIIème siècle, qu'un voisin a découvert dans la maçonnerie de son mur. Son emplacement dans la niche a été choisi en fonction de la polychromie.

Parmi les nombreux intérêts historiques de Saint-Georges, retenons la présence au-dessus de l'autel, d'un vitrail très ancien, du XIIIème siècle. Celui-ci se divise en quatre panneaux historiés réunis deux à deux. Sur le registre supérieur, il est difficile d'interpréter la scène. On y voit un ange tendant une sorte de sceptre à un roi. Dans le registre inférieur, on évoque la remise du butin faite par Abraham au roi de Jérusalem Melkisedek. Ce vitrail a été restauré à plusieurs reprises. Un de ses restaurateurs (J. Fournier) a d'ailleurs pris la liberté d'y ajouter à cette occasion sa signature et la mention suivante : "Tours 1890".

Les plus anciennes charpentes recensées en France!

Plus récemment, de nouvelles données historiques ont été livrées sur Saint-Georges. Frédéric Epaud, éminent spécialiste des charpentes médiévales, est récemment passé par Rochecorbon pour étudier la chapelle et en particulier, ses charpentes. Celles-ci avaient été jusqu'alors datées du XVIIIème siècle. Mais un premier examen visuel permit à M. Epaud de déterminer l'erreur de datation : les charpentes étaient bien plus anciennes! médiévales... Le chercheur engagea alors une analyse dendrochronologique qui révéla l'exactitude de son diagnostic. Les charpentes de Saint-Georges, non seulement étaient bien plus anciennes que prévu, mais aussi les plus anciennes attestées en France à ce jour! Une trouvaille qui donne des allures de grand témoignage à cette petite chapelle. La datation retenue après analyse est de 1028. La Touraine peut donc s'enorgueillir de recéler de nombreuses richesses patrimoniales, même là où on ne s'y attend pas. La surprise serait même encore plus grande car il se pourrait bien que nous ayons affaire à l'église romane la plus ancienne conservée aujourd'hui en France.

La chapelle Saint-Georges a fait l'objet d'une inscription aux monuments historiques par arrêté du 29 novembre 1948. Elle est aujourd'hui la propriété de la commune. Une association, celle des Amis de la Chapelle Saint-Georges, s'active pour faire connaître ce lieu exceptionnel. Son président, Patrick Leloup, met un point d'honneur à proposer des visites guidées de qualité, quasiment gratuites, afin de servir au mieux l'intérêt du monument. Nous le remercions pour son accueil.

Texte et  photographies : Emilie Boillot, Touraine Terre d'Histoire

 Informations pratiques

Visites 

Visites libres toute l'année en se procurant la clé de la Chapelle 

> à l'Office de Tourisme de Rochecorbon 

> à l'Hôtel des Fontaines St Georges

> aux caves LE CAPITAINE 11 rue St Georges

Visites guidées gratuites les dimanches et jours fériés entre le 15/05 et le 31/10 ( de 14h30 à 18h.)

Pour les groupes (minimum 10 personnes/ maximum 50 pers.) : visites guidées toute l'année en s'adressant à Patrick LELOUP, 27 rue St Georges à Rochecorbon (Tél : 02 47 52 51 96)

 

Tarifs

Gratuit en visite libre. 1€/personne en visite de groupe.

 

Horaires

Du 15/05/2016 au 31/10/2016 : de 14:30 à 18:00 (sauf Dimanche après midi)

 

Contact

Association Les Amis de la Chapelle Saint-Georges 

23 rue Saint Georges
37210 ROCHECORBON 
longitude : 0.736672 / latitude : 47.408757

02 47 52 51 96

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Commentaires : 2
  • #1

    Linda Wollman (vendredi, 03 février 2017 03:52)


    Pretty! This was a really wonderful post. Thanks for supplying this information.

  • #2

    Emilie Boillot (vendredi, 03 février 2017 08:59)

    Thank you Linda!