Château-Gaillard, un paradis royal retrouvé

Et si notre charmante Touraine nous réservait encore de belles surprises? Que les amoureux du patrimoine se réjouissent... A compter de ce mardi 14 juin, un nouveau domaine royal est accessible au public. Pour la première fois depuis 500 ans, Château-Gaillard d'Amboise dévoile ses splendeurs au public. 

Est-il possible d'ignorer la présence d'un vaste domaine royal en plein coeur de la ville d'Amboise? Est-il possible que ce qui fut autrefois la propriété d'illustres souverains soit tombé dans l'oubli pendant 5 siècles? La réponse est oui. Château-Gaillard en est l'exemple.

 

Et pourtant, lorsqu'on interroge les Amboisiens, ils ont tous plus ou moins entendu parler de Château-Gaillard... certains y ont même des souvenirs d'enfance pour y avoir joué petits... mais qui a vraiment pris la mesure de sa valeur historique et artistique? Qui, parmi ces quelques personnes, avaient eu le sentiment de pénétrer dans un immense domaine royal tombé en désuétude ?

 

Car Château-Gaillard fut bien la propriété des rois de France. Une propriété hors du commun puisqu'elle avait été un des premiers foyers de la Renaissance française.

 

Cet immense domaine de 15ha, situé à deux pas du Clos Lucé, fut aménagé sur la demande de Charles VIII, dès son retour de la première campagne d'Italie. Cette demeure est blottie contre le flanc méridional de l'éperon des Châteliers sur lequel est érigé le château royal d'Amboise. Elle se voit enveloppée de grands jardins en terrasses et d'un vaste parc arboré. 

Histoire d’une "Renaissance"

Pour mieux comprendre comment est né Château-Gaillard, il faut remonter le temps et se pencher sur une période clef : le début d'une succession de guerres qui devaient changer le visage de la France.

Le roi Charles VIII revendiquait le Royaume de Naples, autrefois possession de la maison d'Anjou et nouvellement annexée à l'Aragon. Cette ambition le conduisit à provoquer les fameuses Guerres d'Italie. Parti de Lyon où il rassembla une armée en 1494, il traversa triomphalement l'Italie jusqu'à pénétrer le 22 février 1495 dans la cité de Naples. Son séjour de trois mois à Naples devait imprimer en lui un souvenir ému. Le roi de France, séduit par la magnificence des jardins et des palais italiens, entendait introduire à la cour de France certaines nouveautés italiennes qui allaient marquer l'avènement de la Première Renaissance française... Particulièrement sous le charme de la villa Poggio Reale et ses jardins où il avait séjourné, il s'arrangea pour recruter tous ceux qui avaient participé à l'élaboration de ce chef d'oeuvre pour "édifier  et faire des ouvrages à la mode italienne"...  Ainsi, il ramena à Amboise, sa nouvelle résidence principale, vingt-deux artistes et artisans italiens (sculpteurs, peintres, architectes, maçons,...). Parmi ces hommes figurait un jardinier dont la réputation n'était plus à faire : Dom Pacello da Mercogliano, "le plus célèbre jardinier de l'Europe", celui-là même qui avait dessiné les jardins de Poggio Reale. Ce moine bénédictin fut alors logé à Château-gaillard et y vécu de longues années jusqu'au règne de François Ier. Charles VIII lui permit d'y aménager une demeure et des jardins à son goût. Dès 1500, sous le règne de Louis XII, Château-Gaillard reçut l'appellation de "Jardins du Roy", hébergeant un potager qui alimentait le château royal. En 1515, le domaine fut offert par François Ier a son "cher et bien-aimé Pacello" contre soixante sols et un bouquet de fleurs d'orangers annuel, don royal d'une exceptionnelle rareté. 

 

Quelques siècles plus tard, Château-Gaillard était tombé dans l'oubli. La nature ayant repris le dessus, il était quasiment impossible d'y déceler les merveilles pacelliennes au milieu d'une telle jungle verte. Bien que le château ait fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques en 1963, il était fortement endommagé lorsque les propriétaires actuels en firent l'acquisition, en 2010. 

 

On parle aujourd'hui d'une véritable renaissance. Cinq années de restaurations, des travaux titanesques pour réhabiliter les jardins... un chantier ambitieux qui engagea la participation de nombreux artisans et ouvriers de la région. Les propriétaires mettent en effet un point d'honneur à valoriser les savoirs-faire locaux. 

Le chantier de restauration en quelques chiffres


300

artisans locaux ont mis leurs talents au service de cette "renaissance".

 

75000

ardoises

35000

moellons

140

mètres de zinc

6000

vitraux

7

ponts

18

caisses à orangers

4000

mètres de sentiers

82

fenêtres



6000 vitraux polychromes ont été réalisés à Château-Gaillard selon la technique du verre soufflé à la bouche de St Just (typique de la Renaissance). Exécutés à partir de dessins et enluminures du XVIe siècle, ils évoquent des évènements ayant marqué l'histoire de Château-Gaillard. Ces ouvrages d'art d'une qualité exceptionnelle sont le fruit de trois années de travail accompli par Philippe Audoux, Maître verrier d'art installé à la Croix en Touraine.

En haut : un des sept ponts du domaine. En bas : une arche datant du XVIe siècle était la première entrée de Château-Gaillard. Elle était aménagée dans un mur d'enceinte aujourd'hui disparu.

Un « palazzotto » à l’italienne en plein cœur d’Amboise

Le logis royal de Château-Gaillard est remarquable de par son excellent état de conservation. Il offre au visiteur une vision surprenante : sa façade de pierres de taille en tuffeau blanc tranche sur le flanc rocheux de couleurs ocres et s'élève majestueusement au-dessus d'une succession de terrasses. Cette façade, conforme aux règles architectoniques françaises du XVe siècle comporte des éléments d'ornementation propres à la Renaissance italienne. On peut parler ici d'une des premières transpositions françaises de l'architecture de la Renaissance italienne en France. La régularité de l'ordonnancement, les décors sculptés, la recherche d'une symétrie, la présence des terrasses en soubassement : tout confère à ce logis une apparence de "palazzotto". Cette sensation est renforcée par le fait qu'une partie des décors a été remaniée à la fin du XVIe siècle selon les critères de la Haute-Renaissance, c'est-à-dire un large entablement sculpté, des pieds-droits de portes doublés de jambages en pilastres et des ornements tels des chapiteaux richement sculptés ou des couronnements à coquilles...

 

L'entablement sculpté a une épaisseur spectaculaire de 1,20m. Il aurait été réalisé en 1559 lors d'un remaniement de la façade voulu par Charles de Guise-Lorraine alors logé à Château Gaillard.

A gauche : escalier à vis aux dimensions impressionnantes situé dans la tour quadrangulaire du château, seul vestige médiéval de Château-Gaillard. A droite : la magnifique gouttière rouge qui divise la façade en deux. 

Château-Gaillard : 1er jardin d’acclimatation de France  

Historiquement, Château-Gaillard présente de nombreux intérêts, notamment en ce qui concerne les jardins.

Ce fut en effet le lieu d'implantation d'un des premiers jardins Renaissance en France ainsi que le premier jardin d'acclimatation de France. Dom Pacello fit de ce domaine un petit "paradis terrestre" en y aménageant de splendides jardins où il introduisit pour la première fois un bon nombre d'essences "exotiques". C'est alors que l'on vit apparaître au Royaume de France orangers, citronniers, pruniers et pêchers. Le "Léonard du Jardin" parvint également à cultiver certaines variétés de tomates et de melons dans ces contrées septentrionales. Il est dit que ce fut également lui qui importa un mirabellier napolitain à Amboise pour créer la fameuse Reine-Claude en l'honneur de l'épouse de François Ier. 

Château-Gaillard apparaît donc comme un laboratoire expérimental de la Première Renaissance française. C'est un lieu où le génie pacellien s'est exprimé en toute liberté. On y vit naître des parterres dits "à la Française" dans la perspective du château. Pacello créa des caisses à orangers et des serres chaudes pour l'introduction des agrumes. Le jardinier du roi joua habilement avec les atouts naturels du site pour en faire un lieu d'exception. Il utilisa le cours de l'Amasse et une source ancienne pour créer un miroir d'eau. Un ingénieux système d'irrigation venait alimenter les fontaines du domaine. De multiples grottes créaient la surprise et servaient d'abri aux expériences du maître jardinier. 

L'orangerie historique de Château-Gaillard vue de l'intérieur et de l'extérieur.

Le bar aux agrumes où l'on peut déguster de délicieux jus de fruits frais et certifiés bio.

Le monde souterrain de Château-Gaillard

Château-Gaillard, c'est aussi tout un monde souterrain. Les amateurs de grottes et d'habitations troglodytiques y trouveront leur bonheur.

 

Parmi les nombreux communs troglodytiques, la chapelle semi-excavée, consacrée en 1515 est une vraie curiosité. 

 

Ne manquez pas non plus la boulangerie troglodytique et le pigeonnier rupestre troglodytique riche de 200 boulins qui surplombe le château. (soit 100ha de terres agricoles)

Un « nouvel Eden » en Val de Loire

 

"Ils sont si pleins de choses bonnes et rares qu'il ne manque qu'Adam et Eve pour en faire un nouvel Eden" avait déclaré Charles VIII à propos des jardins pacelliens de Poggio Reale. Cette réjouissante citation sied tout aussi bien à  Château-Gaillard qui avait été conçu à l'image de la magnifique propriété italienne.

 

Cinq siècles se sont écoulés depuis cette déclaration mais elle est encore valable aujourd'hui pour Château-Gaillard. Ce domaine de 15ha, extrêmement préservé, apparaît comme une bulle d'oxygène en pleine ville. Pour quiconque ayant déjà découvert cette perle rare, il paraît évident que ce lieu deviendra très vite un site touristique incontournable en Val de Loire.

 

Les amateurs de jardin et de nature apprécieront la variété des espèces botaniques présentes, qu'elles soient cultivées ou spontanées. Certains spécimens, vieux de 400 ou 500 ans, forcent l'admiration.

 

Château-Gaillard est un univers, un microcosme. Une atmosphère de quiétude s'en dégage. On se sent pris dans un écrin de verdure, à l'abri des pollutions et de l'activité humaine. C'est un havre de paix où coule une source gauloise aux eaux claires comme du cristal. Cette source alimente un canal d'irrigation qui se jette au sein-même de la propriété dans l'Amasse, affluent de la Loire. Lorsque l'on étudie la topographie du site, on comprend aisément pour quelle raison il avait été choisi. Château Gaillard a été érigé à l'abri du Coteau, dans une anse exposée plein Sud. Cette exposition idéale, la protection aux vents apportée par la falaise et l'omniprésence de l'eau, tout cela explique que Pacello ait pu réaliser son jardin extra-ordinaire. 

 

Le visiteur pourra dès à présent découvrir le parc au fil des "sept sentiers du Paradis", sentiers historiques redécouverts récemment qui regorgent de surprises. Ce parc compte de nombreuses espèces animales et végétales qui constituent une biodiversité surprenante en pleine ville. Il fut partiellement replanté par Jean Théodore Coupier, conservateur au Musée du Louvre et ancien propriétaire du domaine à la fin du XIXe siècle. Au cours de la promenade, on rencontre des arbres séculaires comme des chênes de 400 ans, des cèdres et des ifs bicentenaires, des tulipiers de Virginie, des ormes, des hêtres, des arbres de Judée... 

 

Ce nouvel Eden vous attend. Ne passez pas à côté.

A Château-Gaillard, les jardins pacelliens sont conçus pour être beaux et colorés toute l'année. Le minéral est associé au végétal pour atteindre ce but. Brique concassée, marbre blanc, véritables ardoises de Trélazé, schiste,... tout est fait pour jouer sur les couleurs complémentaires et créer des contrastes.

Un grand merci à Marc Lelandais, actuel propriétaire de Château-Gaillard,

qui communique mieux que personne sa passion et son enthousiasme

pour ce lieu d'exception.

Photographies :©E.Boillot 2016 Touraine Terre d'Histoire & ©M. Lelandais  Château-Gaillard

Texte d'Emilie Boillot - Touraine Terre d'Histoire, tous droits réservés

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En prime, une interview RCF entre Emilie Boillot, animatrice du patrimoine pour Touraine Terre d'Histoire et Marc Lelandais, propriétaire du château.


Tarifs

Plein tarif 10€

Tarif réduit 8,50€

Tarif enfant (7-18 ans) 7€

Gratuit pour les moins de 7ans

Accès aux personnes à mobilité réduite.

 

Informations pratiques

Ouverture au public du château et du parc à partir du 14 juin 2016 jusqu'au 18 septembre. Fermé le lundi. Ouvert de mardi à dimanche, de 13h à 19h.

 

Pour plus d'informations, cliquez sur l'image...


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